Villa de Maître
1091 Grandvaux
2002

Difficile, devant la modernité et la sophistication des lieux, d’imaginer la bâtisse délabrée qui leur servit de berceau ! Histoire d’un coup de cœur et d’une rencontre. L’imagination a fait le reste.

Coup de cœur pour un site époustouflant sur les hauts de Grandvaux et pour une ancienne étable en ruine accrochée à la pente et au paysage. Vouée à la démolition. Rencontre ensuite entre un jeune couple peu conventionnel, un architecte pas sectaire du tout. Et début d’une aventure à quatre aux multiples rebondissements. Il faut reconnaître que le résultat n’a pas grand-chose à voir avec l’idée de départ. A l’origine, il s’agissait de construire une villa dans la partie supérieure du terrain, et de récupérer la vieille bâtisse, pleine de charme malgré son délabrement, pour en faire une annexe destinée à recevoir les mais. Mais la beauté de l’environnement et l’impatience d’en jouir au plus vite renversèrent les priorités : on commencerait par retaper la masure et propriétaires s’y installeraient provisoirement en attendant la réalisation du projet principal. C’était sans compter l’enthousiasme « débordant » qui les saisit. Et la naissance des jumelles… Des centaines de croquis, trois mises à l’enquête et un an et demi de travaux plus tard, les 60m2 (10m x 6m) de l’étable datant du début des années 1800 sont devenus une vaste maison de plus de 200 m2 au sol, plus garages, déployant ses espaces ouverts au gré d’une succession de demi-niveaux et de passerelles, jusqu’au toit.

Le paysage en guise de tableaux

Si la façade a été entièrement remodelée, avec des ouvertures aléatoires traitées comme des tableaux qui, à l’intérieur, cadrent le paysage en une série de vues qui se modifient à mesure qu’on se déplace ou qu’on change de niveau, les anciens murs en pierre de 60cm d’épaisseur, débarrassés de leurs multiples couches de crépi, ont été récupérés. A l’intérieur. Avec la superbe poutraison, réhabilité elle aussi, ils créent une atmosphère de cathédrale que renforce encore par endroits la triple hauteur de certains volumes. Une cathédrale singulièrement contemporaine il est vrai, où la technologie et les matériaux les plus inattendus dans ces vieux murs jouent une musique d’avant-garde.

Une architecture « meublante »

Côté mobilier, c’est le parti pris du les sis more. Si l’on excepte le gigantesque sofa et les banquettes en cuir jaune dessinés sur mesure, les lits, les chaises et la table à manger, il n’y a aucun meuble. Pourtant l’intérieur n’a rien de spartiate. Très confortable, au contraire, chaleureux, avec plein de recoins intimes, d’événements architecturaux, de vus et perspectives kaléidoscopiques. Ou ce « tunnel de lumière » traversant la maison de part en part, par la grâce de deux ouvertures rondes et symétriques dans les deux façades latérales. Le secret : une véritable architecture intérieure, à la fois soft et sophistiquée, dont la pièce maîtresse est assurément l’escalier flottant, qui déroule son tapis de tôles industrielle pliée sur trois niveaux, protégé par du verre armé. Une performance technique aux allures de sculpture aérienne. La technologie est d’ailleurs partout présente. Discrètement. Ce sont les rampes d’éclairage (tubes, néon, jaunes pour la douceur) qui courent tout le long des murs, dissimulées par des tôles perforées, pliées, sur mesure. C’est l’écran géant du home cinéma qui, à la fin du fils, se lève sur les lumières cadrées par la grande baie vitrée. Ou encore la cuisine professionnelle tout inox, elle aussi sur mesure.

Le passé récupéré

Mais on n’est pas dans un loft urbain, et pour préserver un peu de l’âme de la vieille bâtisse campagnarde, la plus part des matériaux proviennent de la récupération : sols, portes, poutres, parquets, pierres, y compris celles du jardin. Comme les sols en tôles à la superbe patine, préalablement laissées à rouiller un an dehors, puis poncées et vitrifiées – dont on a aussi habillé quelques murs et placards. Au niveau des détails architecturaux, on remarquera le lite de galets qui court tout au long des murs du rez-de-chaussée, et dont l’effet décoratif qui permet en réalité de « rattraper » l’irrégularité des vieux murs et de dissimuler les fils des installations électriques. Ou encore le filet en ficelle qui assure en toute transparence la sécurité de la chambre à coucher comme suspendue dans l’espace. Côté confort, un chauffage par le sol tempère la supposée froideur de la tôle, tandis que de petits radiateurs placés sous les fenêtres suffisent à couper les ponts de froid. Récup encore pour les portes, dont les plus insolites fermaient les anciens… cachots de la police de sûreté Lausannoise à la Cité. Il faudrait aussi parler de la salle de fitness qui a remplacé un ancien apprenti. Des garages dont le toit plat accueille deux terrasses pour les belles soirées d’été, avec jacuzzi et vue imprenable sur toute la région lémanique. Du projet de chambres supplémentaires, à l’arrière… Et la villa, dites-vous ? Les plans sont toujours dans un tiroir. L’aventure n’est pas terminée.

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